Don Quichotte

Article de La Presse

Jeudi 14 octobre 2010

Don Quichotte, malgré lui, de Jean-Stéphane Roy - Possiblement Théâtre

Mars 2016: Note de la rédaction: Présenté à plusieurs reprises, cette pièce connaît un vif succès. 

Par Yves Rousseau

Avec Don Quichotte malgré lui, Jean-Stéphane Roy met ludiquement en abyme l'œuvre de Cervantes, dans un parodique espace de rigolade.

C'est sous festif délire que Jean-Stéphane Roy déconstruit le mythe de Don Quichotte, mais ce n'est que pour mieux le resservir, trafiqué d'une certaine mise en abyme et de caractères ajoutés : si le mythomane chevalier de l'absurde crapahute toujours de Dulcinée en moulins à vent, le récit complètement iconoclaste est  ici incarné par des personnages dans les personnages. Ainsi, les comédiens jouent... des comédiens incarnant tous rébarbativement à coup de cabotinages et de décrochages, leurs potaches « incarnations » : tous, sauf un, car l'interprète du Don Quichotte lui se prend réellement pour le personnage! Mais ce n'est pas tout : devant les multiples libertés prises avec le texte par cette bande de tocards, la Note, une protagoniste qui se prétend en quelque sorte être la véritable auteure de l'oeuvre de Cervantes, traverse la pièce et s'enquiquine avec la troupe afin qu'on respectât son « oeuvre »...

Drapés de costumes mêlants comtemporaines digressions et fantaisistes interprétations de chevaleresques, royales ou paysannes tenues, les rôles traversent des paysages essentiellement évoqués en arrière-plan par un immense livre d'images peintes, dont on tourne les pages. Les kazoo-esque transitions musicales sont parfaitement dans le parodique ton de Don Quichotte-esque délire, des sonorités aussi farceuses et animées que ce frénétique défilement de scènes. Si le jeu rigolard pour potaches et archétypales  icônes  semble bellement porté, on remarque parfois quelques phases plus corporellement statiques, avec de frontales poses déclamatoires : l'aspect comique du verbe (traversant niveaux de langage et époques avec vieux français trafiqué) pourrait sans doute s'enrichir en trouvant davantage écho dans un certain jeu physique interactif (qui n'est pas absent), par exemple avec dosage, inspiré par celui des zannis de la commedia ou des bouffons à la Lecoq. Une œuvre qui bénéficierait sans doute d'un espace scénique un peu plus ouvert, et éclaté.

La pièce arrive à une étape avancée de sa construction, celui où on ajuste petits détails, où on opère quelques petits resserrements. Même si elle traverse l'oeuvre de Cervantes, la chose est avant tout un ludique divertissement, un espace de plaisir et de rire calibré pour les sept ans et plus,  qu'on propose  par cette vitrine entre autres pour la tournée scolaire.

C'est prometteur, et c'est à suivre.

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  • Texte : Jean-Stéphane Roy
  • Mise en scène : Simon Fleury
  • Comédiens : André Perron, Laurent Trudel, Stéphanie Daviau, Kathleen Aubert, Gwendolyn McKeown
  • Éclairages : Gabrielle Dumont Dufresne
  • Scénographie, costumes et accessoires : Karine Cusson
  • Assitance à la mise en scène : Sabrina Paquette Godin
  • Conception sonore : Christine Plouffe