Le roi se meurt!

Article de La Presse

3RoiSeMeurtDans la troupe Productions EmpremierProductions Empremier (Article paru dans La Presse du samedi 7 novembre 2009 - Alexandre Vigneault)

Tous frais émoulus de l'École supérieure de Théâtre de l'UQAM, promotion 2009, les cofondateurs de Productions Empremier désirent faire un théâtre qui s'intéresse d'abord à la culture - celle d'ici et celle d'ailleurs. Ironiquement, l'acte de naissance de cette jeune compagnie est un spectacle qui parle de la mort: Le roi se meurt. "Parler de la mort, c'est regarder la vie en face", dit le metteur en scène Francis Cantin. Inspiré par l'intérêt que Ionesco lui-même portait au Livre tibétain des morts, il a choisi d'associer le destin du roi Béranger aux rites funéraires bouddhistes.

1- Francis Cantin, metteur en scène. Intéressé par les liens entre culture et identité, deux axes de recherche des Productions Empremier, Francis Cantin se dit sensible au sort des Tibétains et à la destruction de leur mémoire. Ce n'est toutefois qu'au fil de ses lectures qu'il a découvert les liens entre le bouddhisme tibétain et Le roi se meurt. "Le livre tibétain des morts est partout dans la pièce. La fin, c'est presque du copier-coller, fait-il valoir. Je me suis dit que si la fin était tibétaine, pourquoi le début ne le serait-il pas lui aussi?" Il a imaginé l'histoire d'Occidentaux qui tentent de raconter l'histoire d'un roi tibétain. "Ionesco est moins un auteur absurde que bouddhiste, juge le jeune metteur en scène. Il amené la philosophie bouddhiste dans l'art occidental".

2- André Perron, comédien. Le roi se meurt est la seule pièce de Ionesco qui a su toucher André Perron, qui campe le roi Béranger 1er". Contrairement à plusieurs autres, elle a quelque chose de sensible et de très concret", dit-il. Avant le thème de la pièce - la réaction de l'être humain face à la mort - c'est l'impression d'avoir accès à "l'intimité" du dramaturge qui l'a le plus intéressé. "Le roi, c'est l'alter ego de Ionesco", insiste-t-il. Tout juste à l'orée de la trentaine, le jeune comédien commence lui-même à prendre conscience de la mort. " Je ne suis plus dans l'adolescence, constate-t-il, et je n'ai plus le sentiment d'être invincible".

3- Frédéric Sasseville, comédien. La transposition de Le roi se meurt dans un contexte tibétain a forcé la troupe à repenser le personnage du Médecin, "qui est aussi chirurgien, bourreau, bactériologue et astrologue", précise Ionesco. Inspirés par le lien que le médecin américain Timothy Leary (un célèbre partisan du LSD) avait fait entre le psychédélisme et Le livre tibétain des morts, les jeunes créateurs ont pensé à en faire un médecin étranger. Un esprit pragmatique confronté aux rites tibétains. "Il est en quelque sorte le représentant de la non-croyance, explique Frédéric Sasseville. La mort, pour lui, c'est une fin".

Le roi se meurt, du 17 novembre au 5 décembre chez Prospero. (2009)


Le roi se meurt. (Précisions)

Texte de Eugène Ionesco
Mise en scène Francis Cantin
Avec Louis-Philippe Labrèche, Kena Molina, Frédéric Sasseville Painchaud, André Perron, Chantal Therrien

Jeune et fleurissant hier, le royaume du roi Bérenger 1er n’est plus ce qu’il était.

La terre se fissure, la population vieillit prématurément et l’ensemble du territoire risque de tomber dans un trou qui s’agrandit de jour en jour. La raison de ce trouble ? Le Roi se meurt ! Refusant d’abdiquer, Bérenger se verra guider sur la voie du détachement par Marguerite, sa première épouse. Retenu par son narcissisme et ses fidèles, il arrivera, non sans peine, au dépouillement.

Avec Le Roi se meurt, Les Productions Empremier plongent dans l’univers intime de Ionesco et dans les angoisses de l’auteur face à la mort, bien présentes dans le personnage du roi. Ce dernier, égoïstement, refuse que le monde lui survive. Seule la sagesse de Marguerite lui permettra de se rallier au grand tout universel d’où nous provenons tous et où nous retournons.